Quand planter idéalement ?

Les arbres en racines nues sont à planter pendant leur repos végétatif, c’est-à-dire de novembre à mars/avril. Les planter à tout autre moment est très déconseillé, ou alors il faudra arroser très régulièrement. En effet, quand l’arbre est en feuilles, il consomme de l’eau en continue pour son développement. S’il est arraché à ce moment, son système racinaire sera modifié par l’arrachage et ne pourra plus suivre ses besoins en eau pendant quelques mois.

La période idéale pour la plantation est le mois de novembre, afin que le scion passe le moins de temps possible dans la jauge de la pépinière et qu’il ait le temps de s’implanter dans son nouvel environnement avant le printemps (il peut y avoir parfois un léger développement racinaire pendant l’hiver, selon les températures extérieures).

Comment planter un arbre en racines nues ?

Tout d’abord, il est important de noter que les racines des arbres ne sont pas faites pour être au soleil et au sec. Il faut donc les protéger avant la plantation. Idéalement, en sortant un arbre de la jauge, il faut humidifier ses racines au pulvérisateur et tout de suite les mettre dans un sac noir, type sac poubelle, pour le transport. Il peut alors être conservé quelques jours si les racines sont régulièrement humidifiées.

Une fois arrivé à destination, le mieux est de tout de suite faire la plantation (en ayant préparé le trou à l’avance, par exemple). Sinon, il est possible de se faire une jauge à la maison, en faisant un trou, plutôt dans une zone à l’ombre, et en émiettant bien la terre. On place les racines des arbres dans le trou et on recouvre bien avec la terre émiettée afin que ces dernières ne soient pas au contact du soleil. On arrose pour s’assurer qu’elles restent humides et les arbres peuvent ainsi être stockés plusieurs mois, s’ils sont arrosés régulièrement (naturellement ou non). Il faut bien penser à remettre de la terre régulièrement, le vent ou des animaux pouvant découvrir les racines.

Pour la plantation, il y a plusieurs écoles : pralinage ou non ? taille des racines ou non ? taille de la partie aérienne ou non ? Fumier dans le trou ou sur le trou ? …

  • Concernant la taille des racines, elle n’est pas nécessaire sauf pour supprimer les racines abimées, les racines qui remontent (elles finiraient par déboucher au soleil et arrêter leur développement, ce qui ferait perdre un petit peu d’énergie à l’arbre), celles qui croisent/étranglent les autres, celles qui tournent et celles qui sont trop petites et qui risqueraient d’être pliées lors de la plantation.
  • Pour la taille de la partie aérienne, le mieux est de ne pas y toucher pour laisser l’arbre s’exprimer librement, quand c’est possible. Néanmoins, si l’arbre a perdu des racines lors du déterrage, l’équilibre entre partie souterraine – partie aérienne peut être altéré. Il est alors conseillé de tailler l’arbre pour compenser la perte de racines (si ce n’est pas fait, l’arbre aura trop de feuilles mais pas assez de racines pour les alimenter en eau). En fait, tout dépend de la taille de l’arbre planté et du soin que l’on va pouvoir lui apporter ensuite. S’il est petit, il n’est pas nécessaire de le tailler (car les pertes en racines seront négligeables), s’il est plus grand, il est préférable de le faire, ou alors d’arroser très régulièrement pendant quelques mois (pour compenser la perte d’une partie des racines, le temps qu’elles se renouvellent).
  • Pour le pralinage, tout dépend des conditions de plantation. Le pralin est un mélange (type pâte à crêpes) de terre du jardin, avec de l’eau et parfois de la bouse de vache ou de l’urine pour l’enrichir. L’idée est d’y tremper les racines des arbres juste avant plantation pour les protéger de l’air, du soleil ainsi que bien les humidifier (cf. photo). Cette technique peut être bénéfique pour la plantation, surtout dans des terres très argileuses où il est difficile de bien émietter la terre. Attention toutefois à ce qu’il ne soit pas trop épais car il risquerait de coller les racines entre elles et de limiter leur exploration dans toutes les directions du sol.
  • Pour la fertilisation de l’arbre, il est fortement déconseillé de mettre du fumier au fond du trou ou mélangé à la terre lors de son rebouchage. En effet, il risquerait de brûler les racines de l’arbre et donc d’avoir un effet néfaste sur ce dernier. Il est mieux de le mettre sur le dessus, après plantation, juste sous le paillage. Les éléments fertilisants seront alors absorbés par l’eau de pluie ou d’irrigation, s’infiltreront dans le sol et seront captés par les racines de l’arbre.

Protocole de plantation

Au regard de tous ces éléments, pour la plantation des arbres, à la pépinière nous conseillons le protocole suivant :

  1. Préparer le trou de plantation :
    • Désherber sur un diamètre d’environ 1m,
    • Décompacter et émietter le sol,
    • Creuser un trou d’environ 50 cm de diamètre et de profondeur. Pour faciliter la plantation, vous pouvez stocker la terre décaissée dans une brouette pour bien l’émietter et retirer les gros cailloux,
    • Bien décompacter le fond du trou ainsi que les bords.
  2. Tailler les racines abimées, qui se croisent, qui remontent ou qui risquent de se plier à la plantation.
  3. Préparer un pralin (pas trop épais !) surtout si votre sol est très compact (ce n’est pas obligatoire) et y tremper généreusement les racines de l’arbre.
  4. Rabattre l’arbre à 1m pour les grands sujets. Attention toutefois à supprimer quelques bourgeons juste sous le coup de sécateur pour éviter qu’ils ne redémarrent tous trop proches les uns des autres au printemps et provoquent des étranglements sur le long terme.
  5. Réaliser un petit monticule de terre fine au fond du tronc de plantation, afin que les racines ne s’écrasent pas et conservent leur forme naturelle.
  6. Poser les racines sur le monticule en les contraignant le moins possible et recouvrir petit à petit de terre fine au début puis de plus en plus grossière ensuite jusqu’à atteindre le collet de l’arbre (zone délimitant les parties racinaire et aérienne de l’arbre). Il se voit souvent grâce à un léger changement de couleur de l’écorce. On peut alors tasser légèrement la terre, plutôt avec les mains que le pied.
  7. Arroser copieusement (au moins 1 arrosoir entier par arbre) pour coller les racines avec la terre et chasser l’air emprisonné lors de la plantation. C’est une étape très importante, à ne pas négliger !
  8. Il est possible d’ajouter du fumier en surface, particulièrement si votre sol est pauvre. Vous pouvez le répartir sur les 1 m désherbés.
  9. Il est fortement conseillé de généreusement pailler la zone désherbée (avec de la paille, du foin, du BRF, de la tonte, des feuilles, du carton… bref ce que vous trouverez !) pour limiter le travail de désherbage les 2-3 premières années, en plus de protéger et nourrir le sol.
  10. Dans des zones très venteuses, il est important de tuteurer l’arbre les
  11. premières années, afin d’éviter que le vente ne casse les jeunes racines. Après quelques années, le tuteur ne sera plus nécessaire.
  12. Dans les zones où les ongulés sont nombreux (particulièrement les chevreuils), il est nécessaire de protéger les arbres de leurs attaques, soit en clôturant la zone soit en mettant des manchons de protection ou des grillages.

Comment entretenir les arbres plantés ?

Durant ses premières années de vie, un arbre fruitier a besoin de soins réguliers, qui vont s’espacer au fur et à mesure de son développement. Le point le plus important selon nous étant d’avoir un sol sain, aéré et vivant.

Les 2-3 premières années, il est conseillé d’arroser les arbres pendant les périodes sèches. A la pépinière, nous conseillons plutôt de faire des gros arrosages espacés que des petits plus réguliers, par exemple 20-30 L (2-3 arrosoirs) par arbre 1 fois par semaine en période de sécheresse. Le principal intérêt est de pousser l’arbre à développer son système racinaire et donc son autonomisation. Avec un arrosage journalier, l’arbre aura tendance à se concentrer sur le développement de son système foliaire et négliger son système racinaire. La pousse sera ainsi plus belle mais, le jour ou l’arrosage s’arrête, il aura beaucoup de mal à s’adapter à cette nouvelle contrainte.

Une fois l’arbre bien implanté, et ce particulièrement si le porte-greffe choisi est de forte vigueur et que le sol dans lequel il est installé est « vivant », il ne devrait plus avoir besoin d’être arrosé, enfin sauf en cas de sécheresses/canicules exceptionnelles.

Les deux premières années, il est également conseillé de désherber régulièrement le pied des arbres, afin d’optimiser leur développement. En effet, quand les arbres sont encore petits, les adventices peuvent les concurrencer sur les ressources et l’eau. Une fois l’arbre bien installé, ce n’est plus nécessaire, les racines des arbres allant explorer le sol dans des horizons très différents de ceux des plantes annuelles. Laisser les adventices désherbées sur place, en paillage, permet de ne pas appauvrir le sol.

Pour limiter le travail de désherbage, nous conseillons de pailler généreusement le pied des arbres les 2-3 premières années. Les avantages sont multiples :

  • Protéger le sol et la vie du sol du soleil et des intempéries,
  • Nourrir la vie du sol lors de la décomposition du paillage et donc indirectement nourrir l’arbre, aérer le sol, lui permettre de mieux stocker l’eau et les nutriments…
  • Attirer les champignons et permettre aux mycorhizes (symbiose entre les racines des arbres et le mycélium des champignons) de s’installer, ce qui améliore grandement l’autonomie en nutriments et en eau de l’arbre,
  • Limiter l’évaporation de l’eau contenue dans le sol,

Tout type de paillage organique peut être pertinent. Utilisez ce que vous pouvez trouver le plus facilement autour de chez vous : paille, carton, feuilles mortes, foin, adventices, tonte, BRF, copeaux, compost … faire des mélanges peut également être très pertinents.

Une fois l’arbre bien implanté, le paillage n’est plus nécessaire. L’ombre portée par l’arbre devrait limiter la pousse des adventices, la perte des feuilles en automne agrader et nourrir le sol en se décomposant (il est donc conseillé de ne pas les ramasser) et le réseau mycorhizien devrait être bien implanté pour assurer autonomie en eau et nutriments. Il peut alors être intéressant de planter des couvres sols pour garder le sol frais (consoude, fraisiers, aromatiques …).

Fertiliser un arbre fruitier n’est pas obligatoire, sauf dans des sols très pauvres et ingrats. Il faut alors privilégier l’apport de fertilisants organiques (fumier, compost, fientes …) qui vont nourrir la vie du sol et l’arbre. Le compostage de surface des déchets de cuisine frais (sous le paillage pour ne pas le voir) est une méthode particulièrement pertinente pour agrader le sol sous un arbre fruitier à moindre couts. Attention, un excès de fertilisation attire les ravageurs piqueurs de sève type pucerons en rendant les arbres bien plus appétant à leurs yeux. Tout est donc une question de dosage.

Enfin, comme détaillé lors de la plantation, il peut être intéressant de tuteurer les arbres, dans des environnements très venteux seulement, et de les protéger contre les attaques de chevreuils si nécessaire.

La taille est-elle nécessaire pour l’arbre ?

Tout d’abord, il est important de noter que la taille d’un arbre fruitier n’est pas bénéfique pour l’arbre, elle est bénéfique pour nous. La plupart des espèces n’ont en effet pas besoin de nous pour se développer et fructifier, et elles le font en général bien mieux sans nous !

Avant de réfléchir à tailler un arbre il faut donc réussir à définir ce que l’on veut nous pour cet arbre, ainsi que l’entretien que l’on va être capable de lui apporter :

  • Un arbre très productif où tous les fruits sont accessibles sans grimper sur une échelle ?
  • Un arbre pour mes petits enfants ?
  • Un arbre demandant très peu d’entretien ?
  • Un arbre où je peux passer la tondeuse au pied sans problèmes ?
  • Un arbre qui permette de me nourrir mais aussi la faune de mon jardin ?

Bref, vous l’avez compris, c’est la définition de ce que l’on veut pour l’arbre qui va définir le travail de taille futur. Le choix du porte-greffe et de la vigueur intrinsèque de la variété sont également des points très importants. En effet, garder petit un poirier de forte vigueur greffé sur franc est quasiment impossible ou alors il faut sortir le sécateur tous les 3 jours ! Pareil, faire une cabane dans un poirier greffé sur cognassier risque d’être compliqué…

A la pépinière, la plupart des arbres sont greffés sur des porte-greffe de forte vigueur. C’est un choix que nous avons fait dans une optique de faire des arbres supportant mieux les sécheresses et les chocs climatiques qui s’intensifient. Ils conviennent donc particulièrement bien pour la conduite semi-libre.

La conduite semi-libre des arbres fruitiers est une méthode de taille permettant d’accompagner le développement naturel de l’arbre. Elle est particulièrement adaptée si notre objectif premier est de planter des arbres pour nos petits-enfants. Elle est peu interventionniste et demande donc assez peu de temps. Par exemple, il est conseillé d’attendre 2 ou 3 ans, pour voir comment l’arbre se comporte dans son nouvel environnement, avant de mettre le premier coup de sécateur ! L’idée est de laisser l’arbre tranquille au début pour qu’il construise naturellement son architecture, celle qui est donc la plus adaptée pour lui et d’intervenir ponctuellement pour l’adapter à nos besoins.

Il est ainsi possible d’intervenir pour anticiper des futurs problèmes mécaniques (écorces incluses, zones d’étranglements…), apporter de la lumière aux branches qui en ont besoin, enlever le bois mort, faire du renouvellement… Faire de l’arcure peut également être intéressant pour accélérer la mise à fruit. Attention, une mise à fruit trop rapide a un impact négatif sur la durée de vie de l’arbre. En effet, faire des fruits lui demande beaucoup d’énergie, énergie qu’il n’investit pas dans son développement racinaire ou foliaire. Ainsi, il est conseillé de retirer les fleurs lors des deux premières floraisons (ou d’en garder très peu).

Nous vous conseillons très fortement les formations de Marceau Bourdarias (https://architecteduvivant.fr/ ainsi que sur YouTube) si vous souhaitez creuser la question.